هنيئا للشعب التونسي

La croisade morale des Alaouites

كتبهاlebjawi ، في 13 أغسطس 2007 الساعة: 14:05 م

Lorsqu’il s’agit de réprimer, d’interdire, l’unité arabe n’a pas besoin de réunions ou de slogans creux pour s’exprimer sur le terrain. Il y a des coordinations et des synchronisations quasi parfaites entre les régimes, au-delà des frontières politiques et idéologiques. Il y a encore dans ce monde arabe des liens qui ne demandent qu’à être renforcés, surtout lorsqu’il s’agit de ligoter les libertés.

Il fut une époque où des Algériens, comme vous et moi, s’étonnaient naïvement de voir la Syrie, «progressiste», s’aligner sur les thèses marocaines dans l’affaire du Sahara occidental. Et puis, on a vite compris que dans ce monde arabe tiraillé entre archaïsmes et tics modernistes, il y avait encore des solidarités religieuses solidement ancrées. Celle qui unit, en l’occurrence, nos lointains «frères» syriens et nos proches cousins marocains est de ces solidarités-là. La monarchie alaouite règne et gouverne au Maroc. Le clan, ou la communauté alaouite ultra-minoritaire, alaouite occupe sans partage le trône du pouvoir à Damas. Il ne faut pas s’étonner alors que des ressorts solidaires jouent entre les deux communautés, au-delà des choix idéologiques dictés par les opportunités. Sauf à vouloir faire le Maghreb à tout prix, on ne peut donc feindre la surprise devant la simultanéité de l’espèce de croisade morale que mènent les autorités marocaines et syriennes. Le Maroc, on le sait, s’est engagé dans une campagne de démocratisation de la vie publique, depuis l’accession au trône de Mohammed VI. Tout comme nous, les Marocains sont confrontés à un intégrisme religieux aux effets virulents. Pour le contrer, ils ont eu recours aux mêmes recettes que nous avons vainement tenté d’appliquer chez nous. Ici nous formatons la société aux normes du FIS, sous la bannière du FLN. Là-bas, ils essaient de contrecarrer les projets islamistes, en piochant dans le programme du FIS local, «al-adl oual ihsane» en l’occurrence. Comme leurs gouvernants ont autant de génie, sinon plus que les nôtres, les Marocains ont eu droit à la commanderie des croyants. L’émir des croyants, Mohammed VI, a rétabli le califat sous le drapeau d’une monarchie constitutionnelle et libérale. Seulement, ça grince par endroits. Voulue comme un alibi démocratique parfait pour tyrannies qui somnolent, la presse s’est mise en tête de jouer les contrepouvoirs. De nouveaux titres sont venus déranger la quiétude des journaux installés et bousculer certaines règles établies. Jusqu’ici, la presse ne devait pas enfreindre deux tabous : le trône et la religion et vice-versa. On ne s’attaque pas à la personne du roi et on n’égratigne pas les dogmes établis en matière de religion. Or, des périodiques comme l’hebdomadaire francophone Tel Quel et son pendant arabe (dialectal) Nichane se sont enhardis à commettre et le lèse-majesté et le lèse-imam. Le périodique Tel Quela été suspendu et son directeur a été convoqué au parquet pour des écrits offensants envers le roi et la religion. Il s’agit, en fait, de la publication d’un dossier sur les mœurs sexuelles en terre d’Islam. Parmi les articles incriminés figure une enquête sur la virginité au Maroc, considérée comme un tabou social et qu’une journaliste du cru a défloré, si j’ose dire (1). En décembre 2006, Nichaneavait déjà jeté un pavé dans la mare bénite en publiant un chapelet d’anecdotes populaires sur la religion et sur les religieux. Il avait été suspendu durant plusieurs semaines. Un autre hebdomadaire arabophone, El-Watan Al-An, est sous le coup de poursuites judiciaires pour avoir publié en juillet dernier des documents confidentiels sur la lutte antiterroriste. En réalité, ce qui dérange le plus le pouvoir marocain, c’est la liberté de ton avec laquelle certains journalistes marocains traitent des problèmes de société. La Syrie, toujours alaouite et encore officiellement baathiste, s’est lancée elle aussi dans une campagne d’assainissement moral qui touche surtout les chanteuses… libanaises. Ainsi, en vertu d’une fetwa de l’Union des artistes syriens, les chanteuses Nancy Agram, Haïfa Wahby, Elissa et Dominique Hourani, entre autres, sont interdites d’entrée en Syrie. Le très vertueux président de l’Union a avancé comme motif de cette interdiction le fait que ces artistes chantaient avec leurs corps et non pas avec leurs voix. Pour atténuer l’effet de choc, l’Union des artistes syriens a fait savoir que des chanteuses syriennes étaient aussi concernées par cette mesure d’interdiction. Ceci n’empêchera pas, bien sûr, les vidéos clips de Haïfa Wahby de faire fureur à Damas mais comme le régime a plus que jamais besoin d’alliés extérieurs, il se devait d’offrir des gages. Peut-être que si ces chanteuses avaient chanté à la gloire de Bechar Al-Assad, comme Nagwa Karam et Wael Kaffouri. On ne badine pas aussi avec la morale islamique en Egypte, en dépit des apparences. Ahmed Khaled est un jeune cinéaste qui vient de l’apprendre à ses dépens. Son premier films, Le cinquième livre (2) raconte comment on peut s’offrir quelques moments d’extase dans un bus climatisé entre Giseh et l’aéroport du Caire. C’est une histoire d’amour torride qui se déroule sur les sièges arrière d’une navette aéroportuaire. On ne voit pas grandchose, tout est dans le commentaire en voix off et le suggéré par l’image mais c’est d’une telle fraîcheur. Ahmed Khaled nous dit qu’il y a encore des amoureux au Caire, mais ce n’est pas pour cette raison que son film a été censuré. Si le jeune homme ne porte pas barbe et kamis, la jeune fille, elle, est en hidjab et c’est ce qui est inadmissible dans nos pays. Le hidjab est l’emblème de la vertu et seules celles qui ne le portent pas sont susceptibles de succomber au péché de chair dans un bus climatisé. Pour avoir voulu faire dans le réalisme social, le cinéaste égyptien risque de finir sur une liste noire ou, au mieux, comme Chahine avec des crises cardiaques à répétition. Les interdits, toujours et encore, en Arabie saoudite où chaque pas en avant est suivi de trois pas en arrière. La chaîne satellite de Londres Al-Mustakila, dirigée par un Tunisien psalmodiant (3), a consacré la semaine dernière un dossier à la femme au volant. Il s’agissait, en apparence, d’éclairer l’opinion sur le débat autour de la liberté pour les femmes saoudiennes de conduire une automobile. Parallèlement au débat, d’une pauvreté insigne, sur le sujet, Al-Mustakila a organisé un sondage ouvert aux seuls téléspectateurs saoudiens. Les résultats ont montré que 80% des 2470 Saoudiens interrogés se sont déclarés hostiles à l’autorisation de conduire un véhicule pour les femmes du royaume. J’apprends incidemment, enfin, que le gouvernement palestinien (le légitime, celui de Mahmoud Abbas) vient de verser leurs arriérés de soldes aux miliciens de la «Force excutive» du Hamas. En remerciement, les hommes du Hamas ont arrêté des militants du Fatah qui assistaient à un mariage à Ghaza. Erreur informatique pour ce qui concerne les salaires versés à une force déclarée illégale, dit-on à Ramallah, bénédiction divine, réplique-t-on à Ghaza. Ne vous dépêchez pas d’en rire : chez nous, des «repentis», pas si repentants que ça, ont reçu des salaires et même plus encore. Les ordinateurs se déclarent étrangers à toutes ces opérations conçues et traitées uniquement par des cerveaux humains.
A. H.

(1) Le magazine Middle East Transparency publie cet article, signé Nadia Lemlili, que vous pouvez consulter à cette adresse : http://www.middleeasttransparent. com/article.php3?id_article= 1749
(2) Vous pouvez voir ce fil censuré sur ce site : http://www.elaph.com/ElaphWeb/ Cinema/2007/8/253585.htm
(3) Si Nancy Agram chante avec son corps, je me demande avec quel organe le directeur de la chaîne s’entête à psalmodier. Il a une voix horrible et qui peut lui valoir des poursuites pour offenses répétées à l’Islam.

Par Ahmed HALLI
halliahmed@hotmail.com

Le Soir d’Algérie

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